ET SI LE SALUT EUROPÉEN VENAIT DES CHAMPS?

Christiane Lambert
CHRISTIANE LAMBERT

Originaire du Cantal, Christiane Lambert est agricultrice et éleveuse de porcs dans le Maine et Loire. Après un long parcours syndical elle est, en avril 2017, la première femme à accéder à la Présidence de la FNSEA, syndicat majoritaire des agriculteurs français.

ET SI LE SALUT EUROPEEN VENAIT DES CHAMPS?

L’Europe de la paix, s’est construite en grande partie sur la volonté politique d’assurer à sa population les moyens de sa propre sécurité alimentaire.

Ce défi, relevé par les agriculteurs européens, nous a permis collectivement de nous hisser au rang de première puissance agricole mondiale.

En 2050, la terre comptera 9,1 milliards d’habitants, 34% de plus qu’actuellement, et devra augmenter ses capacités de production alimentaire de 70%[1]. Le défi est immense d’autant que la raréfaction des terres arables dans les zones de forte croissance démographique, la nécessaire préservation de la biodiversité et de sols vivants, véritables puits de carbone, ainsi que l’impact des changements climatiques sont des enjeux majeurs à intégrer aux cycles de production.

Fournir une alimentation accessible tout en répondant aux enjeux sociétaux est un défi que la France ne pourra relever seule. Elle pourra y contribuer très activement si l’Europe est en capacité d’assurer un cadre communautaire axé sur le soutien à la production agricole durable.

Pour l’heure, la volatilité des cours mondiaux engendrant des crises agricoles à répétition, les menaces de signature d’accords de libre-échange internationaux (CETA, MERCOSUR…) ouvrant grand nos frontières à la concurrence déloyale, ne semblent aucunement donner gage à l’urgence du défi.

Si les causes des crises agricoles européennes sont multiples, elles mettent avant tout en lumière les carences de la politique européenne, qu’il s’agisse de son incapacité à penser les solutions aux dérégulations, comme l’absence de volonté partagée des Etats membres pour s’accorder sur une vision stratégique du rôle de l’agriculture et de l’agro-alimentaire dans le destin européen.

Les évolutions de l’Union européenne, au fil des élargissements successifs, ont eu du mal à résister au jeu de concurrence accrue entre états membres.Le constat est sans appel : l’agriculture européenne, faute de solidarité et de convergence politique, perd du terrain alors que le monde entier l’attend.

Pour relever ces nouveaux défis, la PAC, politique fondatrice de l’Union, doit porter un budget ambitieux et un nouvel équilibre économique, environnemental et territorial. Déséquilibrer ce triptyque, c’est ouvrir la porte aux tentatives de renationalisation, ce que nous ne souhaitons pas. Comment demander aux agriculteurs d’assurer la souveraineté alimentaire européenne, de contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux, de transformer leurs modèles, sans un avenir économique durable et partagé entre voisins européens ? Protéger contre l’instabilité des marchés agricoles, harmoniser nos règles fiscales, environnementales et sociales contribuent fortement au sentiment d’appartenance européen des agriculteurs.

Devant ces défis, nous avons besoin de plus d’Europe mais aussi de mieux d’Europe. Une Europe unie, qui protège et qui nourrit ; la promesse des pères fondateurs se répète, il est certain que le salut Européen passera par les champs !


[1]Source FAO